point de torsade tricot

Point de torsade tricot : le guide complet pour débuter

Apprendre le point de torsade au tricot : croisement gauche et droite, premier motif sur 6 mailles, echantillon, erreurs frequentes et variantes.

point de torsade tricot
Photo Adrien Olichon – Unsplash

Le point de torsade tricot est sans doute le motif le plus impressionnant de tout le répertoire des aiguilles, et paradoxalement l’un des plus simples à comprendre. Ces nattes en relief qui serpentent sur un pull irlandais donnent l’illusion d’un tressage complexe, alors qu’elles reposent sur un seul geste : croiser des mailles. Une fois ce geste acquis, tout le reste n’est qu’affaire de répétition et de comptage.

En cette rentrée 2026, la maille torsadée revient en force dans les collections, portée par le retour du gros pull artisanal et par l’engouement pour les savoir-faire textiles lents. Ce guide vous emmène du premier croisement à la torsade double, en passant par le calcul de l’échantillon, la correction des erreurs et l’histoire étonnante de ces motifs venus des îles d’Aran.

Qu’est-ce que le point de torsade au tricot

Une torsade est un groupe de mailles endroit que l’on fait passer devant ou derrière un autre groupe de mailles, à intervalles réguliers. Ce déplacement latéral crée un décrochement dans le tissu tricoté, et la répétition de ce décrochement dessine une natte qui semble s’enrouler sur elle-même.

Contrairement à ce que l’on imagine, on ne tresse jamais réellement le fil. On triche avec l’ordre dans lequel les mailles sont tricotées, et l’œil fait le reste. C’est exactement la même logique d’illusion que dans la dentelle, où des jours et des pleins créent un dessin sans qu’aucun fil ne soit noué.

Une torsade se caractérise par trois paramètres : sa largeur en nombre de mailles, sa hauteur de répétition en nombre de rangs, et son sens de croisement, à gauche ou à droite. Ces trois valeurs suffisent à décrire n’importe quel motif torsadé, du plus modeste au plus spectaculaire.

Le matériel indispensable

L’outil signature de cette technique est l’aiguille auxiliaire, aussi appelée aiguille à torsade. Il s’agit d’une petite aiguille double pointe, souvent coudée en son milieu ou creusée d’un renflement, dont le rôle est de mettre des mailles en attente hors du travail sans qu’elles ne s’échappent.

  • Une aiguille auxiliaire d’un diamètre légèrement inférieur à celui de vos aiguilles principales, pour éviter de distendre les mailles en attente.
  • Des aiguilles droites ou circulaires adaptées à votre fil, plutôt en bois ou en bambou si vous débutez : la maille y glisse moins vite.
  • Une laine claire et bien roulée pour le premier essai. Les fils foncés, mohair ou fantaisie masquent le relief et compliquent la lecture de l’ouvrage.
  • Des marqueurs de mailles pour délimiter chaque panneau torsadé.
  • Un compte-rangs, mécanique ou sur téléphone : c’est l’accessoire le plus utile de tous, car une torsade se joue au rang près.

À défaut d’aiguille auxiliaire, une aiguille double pointe ordinaire, une épingle à nourrice large ou même un crayon dépannent très bien. Le seul impératif est que l’objet soit assez lisse pour que les mailles ne s’y accrochent pas.

Comprendre le croisement à gauche et à droite

Toute la technique tient dans une seule question : où placez-vous l’aiguille auxiliaire, devant ou derrière l’ouvrage ? La réponse détermine le sens de la torsade, et c’est la seule chose à retenir.

Le croisement à gauche

Glissez les mailles concernées sur l’aiguille auxiliaire et placez celle-ci devant le travail, côté face à vous. Tricotez ensuite le groupe de mailles suivant sur l’aiguille droite, puis reprenez les mailles en attente et tricotez-les à leur tour. Le groupe mis en attente passe par-dessus, en partant vers la gauche.

Le croisement à droite

Même geste, mais l’aiguille auxiliaire passe derrière l’ouvrage. Le groupe en attente disparaît sous le suivant et ressort vers la droite. Le moyen mnémotechnique le plus fiable : devant égale gauche, derrière égale droite. Notez-le sur un bout de papier posé à côté de vous pendant vos premiers projets, cela évite bien des ouvrages détricotés.

Dans les explications de modèles, ces croisements sont souvent abrégés en 2/2 G et 2/2 D, ou en CR4G et CR4D. Le premier chiffre indique le nombre de mailles mises en attente, le second le nombre de mailles tricotées avant de les reprendre.

Tricoter sa première torsade simple sur 6 mailles

Voici le motif d’entraînement idéal. Montez 16 mailles et tricotez selon ce schéma, la torsade occupant les 6 mailles centrales, encadrées de jersey envers qui la fera ressortir.

  1. Rang 1 (endroit) : 5 mailles envers, 6 mailles endroit, 5 mailles envers.
  2. Rang 2 (envers) : 5 mailles endroit, 6 mailles envers, 5 mailles endroit.
  3. Rangs 3 à 6 : répétez les rangs 1 et 2 deux fois.
  4. Rang 7, le rang de torsade : 5 mailles envers, glissez 3 mailles sur l’aiguille auxiliaire devant le travail, tricotez 3 mailles endroit, tricotez les 3 mailles en attente à l’endroit, puis 5 mailles envers.
  5. Rang 8 : comme le rang 2.
  6. Répétez l’ensemble des rangs 1 à 8 pour former la natte.

Au bout de trois répétitions, le motif devient lisible et vous n’aurez plus besoin de compter : la torsade se tricote quand le décrochement précédent est visiblement terminé. C’est à ce moment que le tricot redevient un plaisir et cesse d’être un calcul.

Choisir la bonne hauteur de répétition

La fréquence des croisements change complètement l’allure du motif, et c’est le réglage que les débutants négligent le plus souvent.

  • Croisement tous les 4 rangs sur 4 mailles : une torsade serrée, nerveuse, presque une corde. Parfaite en bordure ou en bande étroite.
  • Croisement tous les 6 rangs sur 6 mailles : le rapport le plus équilibré, celui des pulls classiques.
  • Croisement tous les 8 rangs sur 8 mailles : une natte ample et paresseuse, très graphique sur un gilet ou un plaid.

La règle empirique la plus fiable consiste à croiser tous les X rangs pour une torsade de X mailles. Elle donne un motif proportionné dans la grande majorité des cas. Si vous croisez trop souvent, le tissu se contracte et devient rigide ; trop rarement, la natte se distend et perd son relief.

L’échantillon, l’étape que personne ne devrait sauter

Les torsades resserrent le tricot en largeur, souvent de 15 à 25 pour cent par rapport au jersey travaillé avec la même laine et les mêmes aiguilles. Un pull calculé sur un échantillon de jersey mais tricoté en torsades sortira systématiquement trop étroit. C’est la cause numéro un des projets abandonnés.

Tricotez donc un carré d’au moins 15 centimètres de côté comprenant le motif torsadé complet, lavez-le et laissez-le sécher à plat avant de mesurer. Comptez le nombre de mailles sur 10 centimètres en incluant la torsade, jamais sur la portion de jersey seule.

Prévoyez également plus de laine que pour un ouvrage lisse de dimensions identiques : un vêtement entièrement torsadé consomme couramment un tiers de fil en plus. Achetez toutes vos pelotes dans le même bain de teinture dès le départ, les écarts de nuance se voient beaucoup sur un relief.

Les erreurs les plus fréquentes et comment les rattraper

Une torsade croisée dans le mauvais sens

C’est l’erreur classique, et elle se voit immédiatement une fois quelques rangs tricotés. Bonne nouvelle : inutile de tout détricoter. Détricotez uniquement les mailles de la torsade concernée en les laissant filer jusqu’au rang fautif, puis remontez-les au crochet en respectant cette fois le bon sens de croisement.

Des mailles lâches sur les bords de la natte

Le passage d’une maille envers à une maille endroit, juste au bord de la torsade, crée souvent un petit jour disgracieux. Tirez fermement sur le fil à cet endroit précis, et tricotez la première maille reprise de l’aiguille auxiliaire un peu plus serrée que les autres. Le lavage finit d’égaliser.

Un rang de torsade oublié

Si l’oubli remonte à moins de deux répétitions, détricotez. Au-delà, deux options : assumer l’irrégularité, qui passe souvent inaperçue sur un ouvrage porté, ou décaler volontairement tous les croisements suivants pour créer un rythme irrégulier assumé. Certains modèles contemporains jouent d’ailleurs sur ce décalage.

Aller plus loin : torsade double, tresse et nid d’abeille

Une fois le croisement simple maîtrisé, les variations s’enchaînent sans nouvelle difficulté technique. Seul le comptage se complique.

  • La torsade double : deux torsades de 4 mailles côte à côte, croisées en sens opposés. Elles semblent se repousser et créent un effet de cœur ou de sablier selon le sens choisi.
  • La tresse à trois brins : sur 9 mailles, on croise alternativement les trois premières puis les trois dernières, un rang de torsade sur deux. Le résultat imite fidèlement une natte de cheveux.
  • Le nid d’abeille : de petites torsades de 4 mailles croisées en quinconce, alternativement à gauche et à droite. Ce motif dense couvre de grandes surfaces et se travaille très bien en coussin ou en plaid.

Lire une grille de torsades sans se perdre

Les modèles de torsades s’écrivent presque toujours sous forme de grille, car le texte deviendrait illisible. Chaque case représente une maille, chaque ligne un rang, et les croisements sont figurés par des symboles en forme de chevrons obliques dont l’inclinaison indique le sens.

Une grille se lit de bas en haut. Les rangs endroit se lisent de droite à gauche, les rangs envers de gauche à droite, dans le sens où votre aiguille progresse. Photocopiez la grille, agrandissez-la, et barrez chaque rang terminé au crayon : c’est moins élégant qu’une application, mais infiniment plus fiable quand on repose son ouvrage trois jours.

L’héritage des îles d’Aran, ou la torsade comme écriture

La torsade telle que nous la connaissons est indissociable des pulls d’Aran, ces trois îles au large de la côte ouest de l’Irlande. Contrairement à une légende tenace, ces pulls ne sont pas millénaires : la tradition documentée remonte au début du vingtième siècle, quand la maille est devenue une ressource économique pour les familles insulaires.

Une autre légende, encore plus répandue, veut que chaque famille ait possédé son motif propre permettant d’identifier les corps des marins noyés. Les historiens du textile la considèrent aujourd’hui comme une construction largement littéraire, popularisée par une pièce de théâtre puis par le commerce touristique. Elle reste belle, mais elle relève du récit plus que de l’archive.

Ce qui est en revanche parfaitement établi, c’est la fonction technique du motif. Un tissu torsadé est plus épais, plus dense et bien plus isolant qu’un jersey de même laine, parce que le croisement multiplie les épaisseurs et emprisonne l’air. Sur une barque irlandaise en février, ce n’était pas un ornement, c’était un vêtement de travail.

La touche textile : marier torsade et dentelle

C’est ici que le tricot rejoint l’univers qui nous est cher. La torsade est un motif de plein, de matière, d’opacité ; la dentelle est un motif de vide et de transparence. Les associer produit des contrastes que peu de tricoteuses osent, et qui donnent pourtant à un ouvrage un caractère immédiatement singulier.

  • Le panneau alterné : faites courir une bande de torsades le long du devant d’un gilet et remplacez le jersey envers qui l’encadre par un point ajouré simple. Le relief central ressort d’autant plus que le fond est aéré.
  • L’empiècement ajouré : tricotez le corps en torsades et réservez les épaules ou le haut du dos à un motif de dentelle tricotée. C’est une astuce de confort autant que de style, la zone étant moins épaisse.
  • La bordure en dentelle mécanique : cousez un galon de dentelle de coton en bas de manches sur un pull torsadé fini. Le contraste entre la laine rustique et la finesse du galon est très juste sur une pièce d’automne.

Entretenir un ouvrage torsadé

Un tricot à torsades est lourd, et cette masse travaille contre lui. Ne le suspendez jamais sur un cintre : les épaules se déforment en quelques semaines. Pliez-le et rangez-le à plat, comme vous le feriez pour n’importe quelle maille épaisse.

Le lavage se fait à la main, à l’eau tiède, avec une lessive spéciale laine ou un shampooing doux. Ne tordez pas, ne frottez pas : pressez l’ouvrage entre deux serviettes éponge pour extraire l’eau, puis mettez-le à sécher bien à plat, en remodelant délicatement les torsades à la main pendant qu’il est encore humide.

Enfin, résistez à la tentation de bloquer trop fortement un ouvrage torsadé. Tendre le tissu à l’excès aplatit précisément le relief que vous avez mis des heures à construire. Un blocage léger, juste de quoi régulariser les bords, suffit amplement.

Questions fréquentes sur le point de torsade au tricot

Peut-on tricoter une torsade sans aiguille auxiliaire ?

Oui, avec la méthode dite sans aiguille : on fait glisser le groupe de mailles hors de l’aiguille pendant un instant, on tricote les mailles suivantes, puis on récupère les mailles libérées. C’est rapide et très pratiqué, mais réservé aux torsades étroites et aux laines qui ne filent pas facilement. Pour débuter, gardez l’aiguille auxiliaire.

Quelle laine choisir pour faire ressortir les torsades ?

Une laine lisse, ronde et bien retordue, de préférence unie et de teinte moyenne. Les mérinos et les laines peignées classiques sont idéales. Évitez le mohair, les fils flammés, les dégradés marqués et les couleurs très sombres, qui noient le relief dans la matière ou dans l’ombre.

Combien de mailles ajouter pour un panneau de torsades ?

Comptez environ 2 mailles supplémentaires par torsade de 6 mailles pour compenser le resserrement. La méthode fiable reste cependant l’échantillon : tricotez le motif, mesurez, et calculez le nombre de mailles réel à partir de cette mesure plutôt que d’une estimation.

Pourquoi mes torsades ne sont-elles pas régulières ?

Trois causes possibles : une tension de fil variable selon les jours, un croisement effectué à des rangs inégaux, ou une aiguille auxiliaire trop grosse qui distend les mailles en attente. Le compte-rangs règle la deuxième cause, une aiguille plus fine la troisième, et le blocage atténue la première.

Le point de torsade convient-il vraiment à une débutante ?

Oui, à condition de maîtriser la maille endroit, la maille envers et le jersey. Le croisement en lui-même ne demande aucune dextérité particulière. La vraie difficulté est le comptage rigoureux des rangs, pas le geste. Un bandeau ou un coussin constitue un excellent premier projet.

Peut-on tricoter des torsades en rond ?

Tout à fait, et c’est même plus simple : comme on travaille toujours sur l’endroit, il n’y a pas de rangs envers à gérer et la grille se lit intégralement de droite à gauche. Attention simplement au raccord en début de tour si une torsade chevauche la jonction.

Comment défaire une torsade ratée sans tout détricoter ?

Isolez uniquement les mailles du motif concerné, laissez-les filer verticalement jusqu’au rang de l’erreur, puis remontez-les maille par maille au crochet en recréant le croisement au bon rang. La manœuvre demande de la patience et un bon éclairage, mais elle épargne des heures de travail.

Par où commencer cette semaine

Le meilleur point de départ reste un échantillon de 16 mailles avec une seule torsade centrale croisée tous les 6 rangs : en une soirée, le geste est acquis. Transformez-le ensuite en bandeau ou en pochette, car rien ne fixe une technique comme un objet terminé.

Précautions d’usage : vérifiez vos quantités de laine avant tout grand projet et tricotez toujours un échantillon lavé avant un vêtement, les dimensions finales en dépendent. Rangez aiguilles et ciseaux hors de portée des jeunes enfants, et posez des bouchons de protection sur les pointes lorsque vous laissez un ouvrage en cours.

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